Etudiants Toulousains pour l'Aide Internationale

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 DERRIERE LES EVIDENCES HUMANITAIRES

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maïté
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MessageSujet: Re: DERRIERE LES EVIDENCES HUMANITAIRES   05.11.08 16:07

Ouai, je viens de lire cet article, qui est très intéressant et souligne bien toutes les ambiguïtés de l'humanitaire. Par contre, il est un peu ardu à lire ! Moi je propose une lecture critique suivit d'un débat !

Plus sérieusement, c'est vrai qu'il est important de réfléchir sur ces problématiques, car nous y sommes confrontés, à plus petite échelle (cf greenway...).

Et qu'on peut toujours se poser la question de la légitimité de notre action. Que vont faire des étudiants français, non qualifiés, au Fisher village ? N'est-ce pas à l'état vietnamien de développer les structures éducatives et sanitaires ? Quelles relations avec les habitants, "aidés" ?... Bref, les contradictions auxquelles nous devons faire face, et c'est bien de s'en rendre compte. On devrait peut-être essayer de garder un peu plus de temps pour la discussion, le débat lors des réunions, car c'est aussi ça la SI, ce qui nous enrichit et construit notre regard et démarche. Je sais que en ce moment c'est un peu difficile, puisqu'on s'occupe surtout de "formalités" en France qui prennent du temps, mais vraiment il faut veiller à animer nos réunions.
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Domi
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MessageSujet: DERRIERE LES EVIDENCES HUMANITAIRES   27.10.08 21:39

Voici un article paru dans Le Monde Diplomatique de septembre 2008, écrit par Michel Galy.
Je voulais juste vous le faire partager car je le trouve très interessant et si ca vous êtes chauds, on pourrait même lancer le débat puisqu'on ne prend jamais le temps de discuter de ce genre de choses excepté peut être dans les formations type WESA.

"DERRIERE LES EVIDENCES HUMANITAIRES

Au mépris des conventions de Genève, l’armée colombienne a, le 2 juillet, utilisé l’emblème de la Croix-Rouge afin de libérer quinze otages des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). A Kaboul, l’International Rescue Comittee (IRC), qui employait trois volontaires tués le 13 aout, a annoncé la suspension de ses activités en Afghanistan. Le temps n’est plus où, avant la guerre du Biafra, en 1967, l’aide d’urgence affichait sa neutralité. Depuis qu’est invoqué le « droit d’ingérence » et que les armées ont investi le champ de l’humanitaire, la confusion des genres crée un facteurs de risques pour les ONG et, surtout, leurs personnels locaux. La figure compassionnelle de la victime ne doit pas masquer le caractère profondément politique de ces engagements, fussent-ils « désintéressés », ni leur impact sur le fonctionnement des sociétés locales, comme au Congo.

Une morale très politique.

Il fallut attendre les inévitables dérives, rançon du succès de l’humanitaire, pour que ses objectifs et même sa moralité soient exposés aux soupçons. Ainsi, les mésaventures de l’Arche de Zoé au Tchad, début 2008, ont fait l’objet d’une couverture médiatique critique là où, auparavant, on aurait seulement évoqué ses « bonnes intentions ». Déjà lors du Tsunami de l’Asie du Sud-Est en 2004, la capacité des ONG à gérer les importants dons reçus avait été mise en cause.

L’action humanitaire repose sur un ensemble cohérent de pratiques et de principes qui, présentés comme nécessaires et moraux, constituent une idéologie. Cette grille de lecture du monde repose sur trois piliers qui méritent examen : l’universalité des droits de l’homme, affirmation aussi sympathique que problématique ; la construction de la figure de la victime, sans laquelle il n’y a pas de sauvetage possible ; l’ingérence comme droit d’acès non négocié aux victimes.

L’universalité des droits de l’homme est un postulat sans lequel il n’y a pas d’action humanitaire légitime. Mais quelle est la nature du sujet porteur de ces droits déclinés dans des secteurs tels que la santé, l’éducation ou la sécurité ? Ce n’est pas celui de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, qui était un sujet politique, mais un exemplaire de l’espèce, un corps biologique dont l’existence doit être sauvé de la famine, d’une épidémie ou d’une catastrophe naturelle. C’est la cible de la médecine d’urgence dont MSF incarne un symbole planétaire. Le droit à la vie est un produit du XX° siècle tardif et de l’âge humanitaire, qui commence avec la Croix-Rouge, mais se structure au cours des années 1980, dans un contexte de dépolitisation et de moralisation générales.

On peut d’ailleurs se demander dans quelles proportions le corps de la victime est un sujet ou un objet. Sa dignité est abstraite, relativisée par les circonstances (camps de réfugiés par exemple). Etre un homme est encore un statut ; être une victime est déjà un état. Les victimes sont par nature impersonnelles et interchangeables. Elles apparaissent, figurantes passives d’un marketing émotionnel, dans les courriers des ONG. L’inégalité et l’absence de réciprocité caractérisent le rapport entre sauveteurs et sauvés.

La plupart des individus concernés ne se pensent pas, d’abord, comme des victimes, mais comme des individus confrontés à un drame. Les hommes luttent, en effet, depuis la nuit des temps contre les violences de la nature, des pouvoirs, de la société. Les Philippins écrasés chaque année par les typhons ou les Bangladais pataugeant dans les inondations à répétition affrontent la crise qui s’intègre à leur destin d’humains, de personnes dignes inscrites sur un territoire à risques. C’est le regard d’un autrui étranger qui les construit en victimes. Le service d’aide médicale d’urgence (SAMU) ne vient que sur appel. L’humanitaire débarque. C’est lui qui choisit de venir et décrète l’urgence. Il sauve souvent, mais selon son « agenda ».

La gestion du nombre des victimes, qui justifie l’intervention, est d’ailleurs édifiante. Parfois celui-ci est sous évalué, souvent surévalué. Des Etats, en Amérique latine par exemple (lors du cyclone Mitch, en 1998, au Nicaragua, au Honduras, au Guatemala et au Salvador), ont tendance à en surestimer le nombre pour s’inscrire dans l’agenda humanitaire global, contrairement à la Birmanie ou, à un moindre degré, à la Chine lors du séisme de 2008.

En exigeant, au nom d’un devoir d’intervention peu discutable, un libre accès aux victimes, les humanitaires du XX° siècle ont produit un « droit d’ingérence » qui, à l’usage, semble plus une épine politique pour tous les Etats qu’une victoire de l’Humanité sur elle-même. Ce droit sera d’ailleurs de plus en plus contesté sous sa forme incantatoire, « lyrico-kouchnérienne ». En effet, il est apparu à une époque (la fin des années 1980) où les prétentions occidentales pouvaient apparaître universelles. Ce n’est plus le cas.

Fatigue des professionnels, soupçons des donateurs.

Les leçons de morale exportées font moins recette lorsque la croissance économique change d’hémisphère. De la Chine à la Russie, régimes autoritaires et dans de nombreux autres Etats, l’ingérence humanitaire est perçue comme un rideau de fumée créateur de tensions politiques superflues. Depuis peu, les humanitaires sont pris à partie, de plus en plus tenus responsables des désordres locaux, en particulier dans les lieux où les Etats faibles sont mis sous tutelle par des intervenants multilatéraux (ONG, humanitaires, militaires). Lorsque le malheur se prolonge, comme en Haïti, tous ces étrangers bien payés, roulant en 4X4, reçoivent des pierres, voire sont enlevés dans l’espoir d’une rançon –mais plus probablement comme un cri de colère ou de désespoir.

En Afghanistan, deux membres d’Action contre la faim ont été pris en otage, trois volontaires d’International Rescue Comittee ont été assassinés cette année, ainsi que leur chauffeur. Au Sri Lanka, dix-sept membres d’ACF ont été tués en 2006. Des volontaires de MSF ont été capturés au Daghestan ou en République Démocratique du Congo depuis 2005. Ces phénomènes s’observent dans les zones de conflit où les ONG cohabitent avec des militaires ou des casques bleus. Dans ces lieux, l’intention humanitaire sert de moins en moins de sauf-conduit, comme en Palestine, en Erythrée, au Yémen, au Sri Lanka, au Darfour. C’est encore moins le cas en Irak ou en Afghanistan.

Au cœur du problème se trouve l’absence de légitimité politique de l’ingérence. Elle présume une société civile mondiale qui n’existe pas, donnant un mandat universel (comme les droits) à des intervenants dont la nationalité, les ressources, l’idéologie seraient neutralisées ou occultées comme par enchantement. Elle nie la territorialité de l’existence humaine, l’insertion des hommes dans un tissu géographique et politique, c’est-à-dire, entre autres, des Etats souverains.

Or la crise qui frappe la mondialisation capitaliste amène les Etats à revenir sur le devant de la scène. On peut penser que le « droit d’ingérence » s’en trouvera encore fragilisé. Et ce d’autant plus que l’existence de politiques publiques d’aide inscrit l’action humanitaire dans le champ de compétences des pays les plus souverains, tandis que les bailleurs multilatéraux financent à grande échelle les ONG dans les pays les moins souverains.

Les contradictions éclatent les unes après les autres. L’épisode tragi-comique de l’Arche de Zoé souligne à la fois le rôle central joué par le prétexte du sauvetage de la vie biologique, inventé de toutes pièces ici, et les effets absurdes d’un usage démagogique de l’ingérence auquel les propos intempestifs de certains responsables politiques ne sont pas étrangers. Indépendamment du sérieux de la plupart de ses acteurs, l’action humanitaire est victime de son utilisation abusive du spectacle et du malheur des autres. Un marketing agressif envoie à la porte des stations de métro des jeunes affublés flashy qui vantent, comme pour les dentifrices, les mérites de MDM ou d’ACF, en quête de donateurs désormais fatigués à force de sollicitations, d’émotions faciles et de causes multiples à soutenir.

Longtemps entre es mains d’ONG fondatrices comme MSF, MDM ou Action internationale contre la faim –devenue ACF-, l’humanitaire a été transformé par l’implication des Etats dans les années 1990. Cette entrée en lice a mis un terme à un certain angélisme associatif. En France, MM. Bernard Kouchner et Claude Malhuret furent les premiers secrétaires d’Etat à l’action humanitaire et aux droits de l’homme de gauche et de droite. Ils ont officialisé et institutionnalisé le rôle des ONG. Engagés dans l’ »antitotalitarisme » soviétique (autour de l’abcès afghan), ces deux médecins invoquaient des droits de l’homme dont l’apolitisme s’évapora avec la fin de la guerre froide.

Il apparut en effet, dès le début des années 1990, que l’ « antitotalitarisme » avait été largement soutenu par les Etats-Unis et que l’exercice de fonctions ministérielles confrontait les intéressés à la nécessité d’assumer leur discours. Depuis, la vocation des humanitaires à s’occuper de « catastrophes politiques » dites « totalitarisme » a diminué de véhémence. Toutefois, les récentes catastrophes naturelles en Birmanie et, en Chine, les évènements du Tibet montrent la rémanence de l’ « antitotalitarisme ».

Pour les Etats, l’humanitaire est un champ stratégique où l’on envoie des militaires côtoyer des médecins, au grand dam de ces derniers. Les organisations multilatérales, dont l’UE, financent des programmes à grande échelle, tandis que, de manière contiguë, d’autres lignes de crédits sont engagées pour le « maintien de la paix », par l’Organisation des Nations Unis notamment. Ces acteurs se croisent, se coordonnent mal, et inondent les pays les plus pauvres d’une foule d’intervenants qui produisent autant de désordre que d’ordre.

Ni les Etats ni les organisations multilatérales ne pouvaient laisser aux associations le monopole de l’émotion, de la solidarité, de la générosité. L’humanitaire est donc devenu un monde où se télescopent des politiciens démagogues, des professionnels fatigués et inquiets, des donateurs soupçonneux ou blasés qui tendent à privilégier les causes de proximité. Il y a cirque car il y a spectacle : celui des du malheur des autres, marchandise médiatique dont l’inflation n’inquiète personne.

L’humanitaire est un élément central de la globalisation morale en cours. L’économie de marché, le capitalisme doivent impérativement « blanchir » les profits nés de leur exploitation mondialisée. Le travail des enfants, les cadences productives, les heures supplémentaires non payées, toutes les exactions, dans un univers de dérégulations multiples, doivent être maquillées.

De ce nombre élevé d’exclus, produits de la violence sociale, bien peu sont identifiés comme victimes. En donnant des gages de moralité, de pseudo transparence, de charité, c’est un impôt général de normalité morale qui les rend donateurs, les Etats et les entreprises conformes à une humanité elle-même morale. L’univers de l’action humanitaire est postpolitique. C’est celui des gadgets de la bonne conscience, lancés par des ONG, entreprises de moralité aujourd’hui dépassées par leurs créatures. Le XX° siècle fut celui de la question sociale. Le XXI° siècle devra gérer un nombre considérable de victimes de la nature et de l’économie de marché, productrice d’exclusions planétaires démultipliées.

Sur cet embarcation en perdition, volontaires, bénévoles et professionnels essaient de colmater les voies d’eau. Ce qu’ils font est utile et généreux. Ce n’est pas la solution. L’action humanitaire a contribué à éclipser, en partie, le développement, en lui substituant la notion de « lutte contre la pauvreté », plus proche de la médecine d’urgence car elle apparaît comme une véritable pathologie, une maladie.

« Performants » d’un côté, malades ou réfugiés de l’autre.

A force de masquer l’injustice derrière la détresse, cette idéologie nous propose des normes toujours minimales d’une vie qui n’est que survie. Etre moribond est-il la condition essentielle pour recevoir l’assistance ? Est-ce bien moral ? Ey humain ? A l’opposé des aspirations des Lumières, elle valide l’idée d’un monde partagé entre les « performants » d’un côté, les malades ou réfugiés de l’autre. Contribuant à la mise en place d’un apartheid planétaire, ces stratégies du désastre s’inscrivent dans une mise sous tutelle, globale, morale et sécuritaire.

Au Nord, instrument de gouvernance morale et de trafic politique, la mise en scène des catastrophes invite les citoyens à oublier les mouvements sociaux d’hier pour un univers de compassion et de coups de cœur volatils où il n’y a place que pour l’émotion, qui tend à éteindre la conscience de l’injustice : les vaincus se révoltent mais les victimes font beaucoup pleurer. En particulier tous ceux qui trouvent ainsi plus maltraités qu’eux-mêmes. L’émotion humanitaire produit au mieux de l’indignation. Elle empêche la rébellion."


Bravo à ceux qui sont arrivés au bout. ;-)
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